Apprentissage de la médecine

     Vers l’âge de treize ans j’ai eu comme un flash : je serai médecin. Je voulais soulager la souffrance et participer à la construction d’un monde où chacun serait plus heureux. Mais cette idée me paraissait inconcevable parce que j’étais une femme et parce que mon père était ouvrier ; aussi n’en ai-je parlé à personne. Et puis en troisième, nous avons passé des tests d’orientation. J’ai donc fait ces tests et répondu à la dernière question concernant nos souhaits professionnels en osant écrire que je voulais être médecin ! J’ai eu de très bons
résultats à ces tests et dans la conclusion, on me disait même que j’étais capable de suivre des études de médecine ! Mes parents ont donc accepté que je continue dans cette voie. J’avais la chance d’être boursière et, en travaillant pendant les vacances, j’ai pu poursuivre mes études et réaliser mon rêve.


     J’ai beaucoup aimé étudier le corps humain, les différentes pathologies et les façons de les soigner. À noter que les médecines alternatives étaient passées sous silence et on nous laissait même entendre qu’elles n’avaient aucune action. Comme j’éprouvais alors une totale confiance envers les médecins-professeurs-enseignants qui nous encadraient, je ne remettais pas en question leur jugement à ce sujet.


     Puis j’ai commencé à faire des stages en hôpital qui m’ont amenée à apprécier les contacts avec les patients.


     À la fin de mes études, j’ai fait un an de médecine tropicale et suis allée trois ans au Cameroun comme volontaire bénévole dans un dispensaire où j’ai fait de mon mieux auprès des malades. Une expérience qui m’a fait prendre conscience de l’importance de la prévention. Au cours de ce séjour, j’ai ainsi organisé une formation qui montrait aux femmes comment améliorer leur quotidien : préparer un aliment de sevrage pour les nourrissons en fin d’allaitement, traiter un petit bobo, donner de la nivaquine régulièrement à leur enfant, équilibrer l’alimentation de la famille, traiter l’eau pour éviter les gastroentérites, etc.


     Mais j’ai surtout appris que notre mode de vie occidental n’était pas le seul et que l’on pouvait vivre avec d’autres valeurs, avec des relations familiales et des relations de couple totalement différentes des nôtres. J’ai appris une autre manière de donner, de vivre dans le présent.